Heure Verte
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Le saviez-vous ?
Diluée dans quatre volumes d'eau (le ratio moyen), une absinthe titrant 72° ne fait plus que 18° !
 
L’Absinthe Pernod Fils, victime collatérale de l’antisémitisme... | Version imprimable |
Soumis par Benoît Noël   
29-12-2009
Index de l'article
L’Absinthe Pernod Fils, victime collatérale de l’antisémitisme...
Les Veil-Picard acquièrent Pernod Fils
La générosité de la famille Veil-Picard
Les Veil-Picard éleveurs
« Sales gens » ou jalousie pure ?
L’Ambulance Pernod Fils
Jules Pernod et Pernod Fils
Du Pernod dans les maisons closes
Témoignage de Claude Borel
Leal de Camara (divers généraux dont Joseph Gallieni) :
- Il n’y a pas d’affaire Dreyfus, scrongnieugnieu !
L’Assiette au Beurre, 1905.
Cette phrase fut prononcée par Jules Méline, Président du Conseil,
le 5 décembre 1897, à la Chambre des Députés.
 
À David Nathan-Maister,
 
Son excellence mise à part, l’absinthe, premier anisé de l’histoire à finale amère et cocktail tonique de plantes réputées médicinales, a profité des malheurs du vignoble français (champignons oïdiuim en 1845, insecte phylloxera vastatrix en 1863 et moisissure mildiou en 1878) pour se faire une place au soleil. Fatalement, les lobbies du vin ne lui pardonnèrent jamais ce péché originel et la combattirent sans fin par tous les moyens. En France, pays traditionnellement acquis à Bacchus et dans lequel le dieu malicieux de la bière (Gambrinus) est quasiment inconnu, il leur fut aisé de présenter l’absinthe, ce « lait du Jura franco-suisse » comme un « alcool de l’Est ». Or, dans la seconde moitié du XIXe siècle, tout ce qui provient de l’Est sent le souffre et si ce n’est la poudre. En 1870, les Prussiens annexent l’Alsace-Lorraine et si des brasseries ouvrent en grand nombre à Paris, les consommateurs qui s’y pressent viennent y défendre des exilés volontaires et conspuer les casques à pointe.
 
Dès 1867, trois pétitionnaires réclament au Sénat la suppression pure et simple de l’absinthe puis en 1872 (1), la loi taxe fortement l’absinthe à l’octroi des villes, signes patents que si son succès agace, les pouvoirs publics n’oublient pas de prélever leur quote-part sur cette indéniable réussite commerciale. Et déjà, la rumeur publique enfle d’une plaisanterie qui fera vite florès : - Quelle différence il y a-t-il entre Noé et l’absinthe ? - Noé sauva nos pères, mais l’absinthe perd nos fils ! Écoutez bien : « Pernod Fils », marque éponyme du triomphe de la Fée verte au point que ce nom propre deviendra sous peu un nom commun.


Couverture plaquette publicitaire Pernod Fils, 1896.
***

C’est donc en toute logique que l’écrivain naturaliste Joris-Karl Huysmans décrit, en 1887, l’absinthe Pernod comme la favorite des militaires dans son article : L’Avenue de la Motte-Piquet paru dans La Revue Indépendante : Mais, aujourd'hui, ces cafés qui regorgèrent d'uniformes sont presque déserts. Une brasserie, située au bout de l'avenue, au coin d'une rue voisine, a détourné le cours de cette clientèle dont le crédit était, ailleurs, épuisé peut-être. Modernisée par des dorures et des jeux de glaces, entourée de divans en velours grenat et plafonnée d'un ciel roux sur lequel cuisent, aux flambes du gaz, des oiseaux peints, cette brasserie est munie, en fait de meubles, d'un dressoir sur lequel se relèvent en sentinelles des inépuisables bataillons bivouaqués en cave, les bouteilles aux formes les plus diverses : absinthes coiffées d'un capuchon d'argent et écartelées sur la poitrine de la croix de Genève, avec le nom de Pernod, sur fond cobalt ; amers Picon, enveloppés comme les bonnes de chez Duval, de la gorge aux pieds, par le tablier blanc de leur étiquette ; flacons aux cous bossués de glandes, au buste couvert par la serviette en couleur d'une petite affiche ; nounous à bavettes de papier rouge et à grosses tétines pleines de menthe verte ; commères à bedaines pour le curaçao ; gamines brunes et nues, fleuries d'une feuille de vigne, au bas du ventre, garçonnes grandelettes sans seins et sans hanches, réservées aux présomptueuses impostures des fines champagnes et des grands cognacs.

Peu avant 1888, Louis-Alfred Pernod (1836-1910), fils de Louis Pernod et de Louise-Hermine Liermann, originaire du Grand Duché de Bade marie sa fille à un officier prussien. Il faut croire que ce suisse ne gardait pas plus rancune aux velléités autrichiennes que françaises ou russes de dominer son pays, et qu’il n’avait prêté qu’une oreille distraite aux thèses aberrantes du pamphlétaire Édouard Drumont développées dans : La France Juive devant l’opinion (Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1885), un brûlot encourageant à la haine des Prussiens et dénonçant un soi-disant complot judaïsant contre l’état français. Il n’est peut-être pas sans intérêt de préciser qu’en 1884, un article très laudatif d’A. Froemer dans Le Panthéon de L’Industrie avait présenté la Maison Pernod Fils comme une entreprise à l’avant-garde technologique et exemplaire quant au traitement social de ses ouvriers.

Dernière mise à jour : ( 07-01-2010 )
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