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Qui est la "Mère Henriod" ?
Las ou patatras, en 2001, Mme Delahaye va démentir les précédentes fables puis compléter l’épisode de la diffusion de l’absinthe dans le Val-de-Travers tout en renonçant à conclure sur l’épisode de la vente du précieux extrait. Cette fois, elle écrit : « La tradition qui consiste à dire que Pierre Ordinaire aurait légué à sa mort la mystérieuse recette à sa gouvernante Melle Grandpierre qui l’aurait ensuite vendue aux filles du lieutenant Henriod qui, elles mêmes, l’auraient cédé au major Dubied s’avère pure fantaisie » et ce d’autant plus que le docteur Ordinaire « n’a jamais eu de gouvernante ».

Diantre, c’est à n’y rien comprendre sauf à observer qu’en 1997 P.A Delachaux a publié sa brillante recherche ruinant notamment la thèse de la gouvernante. Bonne joueuse, M.C Delahaye cite P.A Delachaux en note et c’est la moindre des choses puisque ce texte lui permet enfin de prénommer la susdite « mère Henriod ». Elle l’appelle donc « Henriette » comme M. Delachaux et voilà donc deux des éminents spécialistes du sujet qui soutiennent une identité plutôt qu’une autre. Je ne suis donc pas le « seul » à m’avancer sur ce point même si j’argumente et étaye ma thèse avec un zeste d’humour étant donné la complexité quelque peu aride du dossier dont le lecteur avisé de cet excellent site voudra bien m’excuser. P.A Delachaux suppose ensuite que Henriette Henriod vend sa recette à Henri-Louis Pernod et non au major Daniel-Henri Dubied. (page 14) M.C Delahaye ne le suit pas sur ce terrain - que j’estime personnellement improbable - et ne mentionne plus de vente Henriod à qui que ce soit…
Ces éléments établis, quels sont les avis des autres spécialistes du sujet ? Sans reprendre toutes les pistes avancées, dès 1908, par Edmond Couleru dans sa prodigieuse somme qui a déjà le mérite de minorer l’hypothèse d’une « invention » de l’élixir par les moines de l’abbaye de Montbenoît sise près de Pontarlier (Au pays de l'absinthe, y est-on plus criminel qu'ailleurs ou moins sain de corps et d'esprit ? Un peu de statistique, s.v.p..., Montbéliard, Société Anonyme d’Impression Montbéliardaise) qu’ont donc soutenu Georges Droz ou Éric-André Klauser ? G. Droz surprend. S’il donne le pas en bon suisse à la « mère Henriod » sur le docteur Ordinaire, il estime néanmoins que celle-ci tenait peut-être sa recette de « dame Favre, cette genevoise d’origine covasonne » qui ne semble pourtant pas, depuis longtemps et de l’avis général, la mieux placée pour endosser cette maternité.
Puis, il conclut que le major Dubied acheta « par le truchement de son gendre », Henri-Louis Pernod, la recette de la « mère Henriod » qui la tenait d’un dénommé « Germain, barbier-chirurgien » lequel est surtout, je le précise, grand ami de son compatriote… Pierre Ordinaire ! Ainsi, sommes-nous davantage en présence d’un collage d’allégations contradictoires dues à la plume d’un journaliste localier que face à une réflexion de fond conduite par un historien pertinent.
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