Premier Fils (1907-1914)
- Distillerie : Premier Fils
- Titrage : 65°
- Couleur : Ambrée claire (naturelle)
- Procédé : Distillation
- Public conseillé : Connaisseurs
- Date de sortie : 1882
- Site : http://absinthepremier.com/
- Prix : Variable.
L’absinthe Premier Fils était produite à Romans au XIXème siècle. Elle titrait 65° et comptait parmi les marques importantes de l’époque. Il est rare d’en retrouver des bouteilles pleines et cachetées, c’est pourquoi sa dégustation constitue un moment précieux et livre des informations inédites sur les absinthes du XIXème siècle. Cette bouteille date visiblement de 1907-1914.
Voyage dans le temps.
Un nez boisé de vieille barrique typique des absinthes centenaires… Il est cependant beaucoup plus frais que celui d’une Pernod Fils de la même époque. L’anis vert est léger, assez vif. Le parfum général est très floral.
L'absinthe a visiblement été colorée légèrement. La belle couleur tire sur l'ambre, mais reste encore un peu verte. L'absinthe se trouble assez faiblement lorsqu’on ne met pas de sucre. En revanche, sucrée, l’absinthe trouble beaucoup plus fort sur une teinte plus jaune.
Si les parfums boisés se sentent de prime abord, la bouche apparaît vite fraîche, herbacée et assez amère, très différente des absinthes pontissaliennes. L’anis vert un peu piquant disparaît rapidement, le fenouil reste très discret tandis que la mélisse citronnée fait ensuite son apparition. La plante d’absinthe est harmonieusement fondue parmi les autres herbes sans se détacher (elle apparaît plus nettement dans une Pernod Fils peut-être parce que la Grande absinthe employée dans la Premier Fils était cultivée dans la Drôme). On sent également la petite absinthe, très savoureuse, qui appuie le coté médicinal du nectar.
L’épaisseur en bouche reste assez fine sans sucre, plus intense avec du sucre, mais il semble clair qu’anis vert et fenouil entrent dans la recette dans des proportions moindres que dans les absinthes Pernod Fils, Edouard Pernod et autres cousines de Pontarlier. La sensation en bouche est presque « soyeuse ».
Le vieillissement a conféré des accents boisés de vieille barrique mais sans finalement gommer un profil aromatique rafraîchissant, très sec, assez « vert », résolument herbacé. On songe un peu à l’absinthe Bazinet qui toutefois offre des notes d’angéliques, absentes ici.
Les plantes amères s’installent doucement en bouche sans l’agresser. Des retours de bois de réglisse ou de badiane apparaissent vers la toute fin du verre, suggérant une dose très légère et qui se détecte à la fin de la dégustation... Difficile d'identifier l'un ou l'autre car l'arôme est très diffus. S'il s'agit de réglisse, il est certainement là pour apporter un plus au niveau aromatique, alors que la badiane était plutôt utilisée pour accentuer le trouble. Celui de la Premier Fils étant translucide, cela laisse plus penser à une présence de bois de réglisse.
Cette présence dans la recette donne lieu à des débats que devraient clore une analyse à venir.
Une sensation de fraîcheur désaltérante préside à la dégustation. Cette Premier Fils prouve que les absinthes très herbacées existaient déjà il y a un siècle. Verte, vive et démonstrative, la Premier Fils est une absinthe assez sèche et amère, offrant une belle fraîcheur malgré son grand âge. Le profil aromatique singulier reste inédit dans les absinthes d’aujourd’hui. A peine pourrait-on la rapprocher du coté citronné de la Pernod Fils Tarragona qui reste tout de même bien plus anisée.
Cette bouteille nous apprend que le style des absinthes fabriquées dans la Drôme était bien plus radical que celui des absinthes Pontissaliennes (Pernod Fils, Dechanet, etc) qui, elles favorisaient plus un bel équilibre entre l’anis vert et la plante d’absinthe. En comparaison, la Premier Fils privilégie les arômes d'un beau bouquet de plantes. Quoi qu’il en soit, c’est une belle absinthe historique, très typée.
Si on devait à tout prix la rapprocher d'absinthes modernes, on songerait à des absinthes sèches et herbacées comme la Belle Amie 1ère édition (2007), la Belle Amie 2011 (à venir) et la Ridge.
Plus de cent ans de vieillissement suffisent déjà !
Remerciements : JMB.
Premier Fils
La marque a été fondée en 1829 à Romans. D’abord fabricant de liqueurs, la marque s’est rapidement imposée à la fin du XIXème siècle comme un important producteur d’absinthe. L’absinthe Premier Fils a été créée en 1882. Il existe de nombreux objets publicitaires (affiches, pyrogènes, buvards, etc) qui font le bonheur des collectionneurs. L’absinthe Premier Fils a remporté de nombreuses médailles comme en atteste l’étiquette.
Premier-Henry
Un livre dédié à l’histoire de la distillerie existe et a été écrit par Jean-Pierre Luauté, spécialiste français de la marque qui a créé l’Association pour l’Etude de la Distillerie Premier.
« Premier-Henry » raconte la saga familiale de la distillerie depuis la création jusqu’à la fermeture de la société. Richement illustré de nombreuses photos en couleurs, c’est un document indispensable à tous ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet... et sur l’absinthe.
(Editions Auvers sur Oise)











